Unité d’Assainissement

Unité d’Assainissement Viral des Agrumes de la Manouba
Malgré les progrès qu’a connu le secteur agrumicole en Tunisie, essentiellement par le rajeunissement des plantations à travers la créations des nouvelles plantations et l’extension importante dans les nouvelles zones du nord, nord-ouest, centre et sud du pays, il est toujours confronté à des problèmes de différents types à savoir :

1 – Introduction

Les vergers d’agrumes tunisiens sont affectés par une série de maladies infectieuses. Parmi ces maladies, certaines sont transmissibles par les vecteurs animaux (pucerons, cicadelles, etc.), d’autres mécaniquement par les instruments (Greffoir, sécateur, etc.).

Ces différents modes de propagation des viroses des agrumes augmentent la difficulté de leur contrôle et de leur contrôle et de leur pathogénèse ;

Ainsi, et pour faire face à ces  contraintes qui freinent le développement du secteur agrumicole, la création d’une nouvelle unité de régénération et d’assainissement viral s’impose. La production de plants sains est devenue une condition primordiale pour améliorer le rendement national et fournir aux marchés des fruits variés et de bonne qualité.

C’est pour cette raison qu’un programme National pour la production de plants sains et identifiés, a été mis en place depuis le mois de février 1993 et ce par une collaboration entre :

  • Le Groupement  Interprofessionnel des Agrumes
  • L’Institut National de Recherche Agronomique de Tunis ( INRAT)
  • L’Institut National Agronomique de Tunis (INAT)
  • La Direction Général de Production Agricole (DGPA)
  • Le Groupement  Interprofessionnel des Agrumes & Fruits (GIAF)
  • Le projet FAO  RAB /88/025.

Ainsi que le Centre de Coopération  Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD-FLHOR) De Montpellier et la Station de Recherche Agronomique de Corse (INRA).

L’unité a été transférée au Centre Technique des Agrumes en Aout 2008.

2 – Présentation de l’unité

L’unité d’assainissement viral des agrumes installée à la Manouba est composée de :

  • Un laboratoire de culture in vitro (chambre des hottes, chambre de culture, salle de lavage et d’autoclavage..)
  • Une serre vitrée pour l’élevage des plantes indicatrices et des portes greffes et l’indexage biologique
  • Six serres tunnels pour :
  • Serre des copies des pieds mères à assainir
  • Serre quarantaine des plants microgreffés réussis en cours de contrôle
  • Serre d’élevage des variétés importées de France
  • Deux serres de conservation des têtes de clones
  • Serre d’élevage des nouveaux porte greffes (citrange carrizo, citrange troyer …)
  • 3 – Objectifs du programme

    Les principaux objectifs de ce programme peuvent être résumés comme suit :

    • Assainissement viral des variétés les plus cultivées en Tunisie par la technique de microgreffage d’apex.
    • Indexage des maladies à virus et assimilés par les moyens biologiques, sérologiques et électrophorétiques.
    • Importation de nouvelles variétés assainies pouvant étendre la période de production annuelle en Tunisie tout en garantissant la qualité du fruit au citoyen
    • Importation  de nouveaux porte-greffes de substitution au bigaradier sensible à la Tristeza tel le Citrumelo, le citrange carrizo …

    – 1 –  Etape de la production de plants sains par microgreffage d’apex

    Les principales étapes de la production de plants d’agrumes sont les suivantes :

    • Sélection clonales des variétés les plus performantes a travers les vergers tunisiens
    • Mise en place de copies sur place au sein de l’unité de la manouba par des greffage sur porte greffes élevés sous serre tunnel
    • Microgreffage d’apex au laboratoire
    • Acclimatation par surgreffage sur porte greffe vigoureux sous serre vitrée
    • Contrôle virologique par indexage biologique, sérologique et moléculaire
    • Isolation des pieds mères sains encore dits « têtes de clones » sous insect proof
    • Livraison de baguettes et de copies de ces pieds sains aux pépiniéristes agréés pour la création de parc à bois

    3 – 1 – 1 – Microgregffage d’apex

    La technique de microgreffage d’apex consiste à greffer sur des jeunes porte-greffes issus de semis (donc indemnes de virus) élevés « in-vitro », des méristèmes caulinaires des arbres à régénérer.

    3 – 1 – 2- Acclimatation

    Les plants microgreffés  réussis sont acclimatés par surgreffage sur des porte greffes vigoureux tel « Citrus volkameriana » élevés dans la serre vitrée climatisée.

    4 – Contrôle virologique des plants microgreffés réussis

    4 – 1 – Indexage biologique

    Cette technique se base sur l’observation des symptômes spécifiques à une maladie donnée. Ces symptômes sont identifiés sur des plantes cultivées sous serre  et utilisées comme indicateurs biologiques. Ce matériel de référence est inoculé avec un échantillon de tissu de variété à tester : morceau d’écorce ou de feuilles selon le cas . En effet, l’indexage biologique permet une amplification des virus et des viroîdes.

    Une fois inoculées, les plantes indicatrices sont mises à incuber soit en loge chaude, soit en loge peu fraîche, selon les exigences du  type de pathogène recherché.

    A l’unité de la Manouba, nous testons cinq maladies virales. Chaque maladie possède une plante indicatrice qui lui est sensible.

    4 – 1 – 1 – Le Stubborn ou maladie des fruits en gland :

    Elle a été décrite pour la première fois en 1915 sur navel prés de Redlands, California, et a été nommée « Stubborn » par E.R.Waite.Une maladie similaire appelée « Little leaf » a été décrite en Palestine par Reichert (1930). Un mycoplasme dans la sève de plants de Citrus infectés par la maladie a été découvert par Igwegbe et calavan (1970) en californie, et par la Flèche et Bové (1970) en France. Les deux groupes ont conclut que c’est un mycoplasme et non un virus qui est la cause de cette maladie. Le Spiroplasma citri, agent causal de cette maladie a été décrit et illustré en détail par Bové en 1980.

    Les symptômes les plus caractéristiques de cette maladie s’observent sur les feuilles qui se rétrécissent et deviennent pincées à leur extrémité ; leur couleur est jaune avec des tâches plus foncées que d’autres , le pétiole se raccourci, le limbe se ferme sur le rameau qui devient très dense, les bourgeons latéraux démarrent hors saison donnant des pousses avec des entre-nœuds entassés ; les feuilles sont de petites tailles conférant à l’arbre un aspect touffu. Les fruits prennent un aspect glandiforme ; la peau est épaisse du côté pédonculaire et s’amincit du côté stylaire ; les pépins se nécrosent ; la floraison est désorganisée ; on peut trouver au même moment de l’année des fruits à tous les stades de développement et des fleurs, cet état physiologique est expliqué par une perturbation physiologique de l’arbre due à la présence de l’agent infectieux.

    L’indexage biologique de cette maladie se fait par greffe de feuilles sur Orange Mme Vinous placée sous l’écorce.

    Les symptômes se manifestent sur les feuilles par une coloration jaune avec des tâches plus foncées que d’autres. Les feuilles rétrécissent et deviennent concaves en forme de cuillère pincée à leur extrémité. Ces symptômes apparaissent en moyenne 9mois après indexage.

    4 – 1 – 2 – Les psoroses et les virus associés

    4 – 1 – 2 – 1 – La psorose écailleuse (Scaly Bark) ou Psorose A

    La maladie a été signalée pour la première fois par Fawcett H.S. 1932 cité par Chahrolin Ch. Dans les vergers tunisiens. C’est la maladie la plus connue par les agrumeraies, elle infeste toutes les variétés d’orangers (Coitrus sinensis, Osbeck) cultivées et rarement le groupe des mandariniers. La maladie se transmet par la greffe dés le stade de la pépinière.

    Les symptômes foliaires apparaissent au printemps sur quelques feuilles sous forme de moucheture claires entre les nervures ; ces manifestations sont connues sous le vocal des symptômes des feuilles de chênes. Ils sont observables sur jeunes plants comme sur les arbres adultes. Les symptômes corticaux commencent à se manifester plus tard, on les observe sur les branches charpentiers et le tronc sous forme de petites lésions brun-rougeâtre qui s’écaillent superficiellement ; souvent la desquamation de l’écorce est accompagnée d’un écoulement gommeux et d’une imprégnation du bois avec la gomme.

    Symptômes de feuilles de chênes

    Pour le dépistage de cette maladie, on utilise l’Orange hamlin ou l’Orange pineaple ou Mme Vinous comme plante indicatrice. L’indexage se fait par greffage de deux lambeaux d’écorce de l’arbre à tester sur la plante indicatrice.

    Les symptômes de feuilles de chênes apparaissent 9 à 12 mois après indexage.

    4 – 1 – 2 – 2 – Concave Gum et Blind poket

    Les deux maladies sont très répandues dans les agrumeraies tunisiennes. Le groupe des mandariniers à gros fruits est, le plus sensible à ces maladies. Sur mandarinier commun (Citrus deliciosa Tan.) les symptômes sont très caractéristiques, ils se présentent sous l’aspect de concavités plus ou moins profondes de formes et de dimensions variables; ces dépressions ou invagination sont larges pour le Concave gum et étroites et profondes pour le Blind poket.

    Elles atteignent également toutes les variétés de Citrus sinensis, Osbecck.  et  de citrus paradisi Macfadyen, mais à une échelle moindre.

    Parfois, on peut observer des symptômes de Concave gum et de Blind poket accompagnés d’un écaillement de l’écorce provoqué par la Psorose A. , cela rend l’attaque plus grave.

    Comme pour la Psorose écailleuse, l’indexage du Concave gum et du Blind pocket se fait dur Orange hamlin ou Orange pineaple. Les symptômes sont les mêmes et se manifestent par des feuilles de chênes.

    4 – 1 – 3 – La tristeza

    C’est la maladie des agrumes la plus redoutée. Dans plusieurs pays, elle a provoqué la mort de plusieurs milliers d’arbres en un temps court tel l’Espagne en 1956. Ce sont principalement les orangers (Citrus sinensis osbeck) greffés sur le bigaradier (Citrus aurantium Linn) qui  sont les plus réceptifs à cette maladie.

    Les symptômes en plein champs sont multiples et très variables. Ils dépendent de l’espèce et de la combinaison variété porte-greffe. Les plantes greffées sur le bigaradier montrent des symptômes de « quick decline » qui se manifestent par un dessèchement, une défoliation et un arrêt de croissance causé par un dépôt de phloème dans les cellules parenchymateuses  et par la suite la mort des tubes criblés avec des dégâts au niveau des racines.

    Les symptômes les plus caractéristiques se remarquent sur le tronc et les branches des arbres infectés ; on observe des dépressions plus ou mois profondes et sévères jusqu’à la cassure des branches. Ce « Stemp piting » est observé sur le pamplemousse et ses hybrides, l’orange douce, le tangelo eb le pomelo mais rarement sur la lime, le bigaradier, l’ornge trifoliée et le mandarinier (Roistacher, 1991).

    L’indexage se fait sur Lime mexicaine. Il se fait par écussonnage et se manifeste par un éclaircissement des nervures des feuilles ou « Vein clearing ». A l’unité de la Manouba, les symptômes n’ont jais été observés.

    Le diagnostic peut se faire rapidement par sérologie (Test ELISA ou immunoprinting).

    4 – 1  -4 – L’Exocortis

    L’Exocortis a été décrit pour la première fois en 19489 par Fawcett H.S. et Klotz L.J. sur Poncirus trifoliata L. Cette maladie existe dans tous les pays méditerannéens ; sa présence se trouve masquée dans les combinaisons porte-greffe et greffon tolérants à la maladie.

    En Tunisie, le seul porte-greffe utilisé est le Bigaradier(Citrus aurantium Linn). Il tolère mal la maladie. Il en ait de même  pour les principales variétés commerciales ; mais une fois ces variétés sont greffées sur le Poncirus trifoliata L. ou sur ses hybrides, la maladie apparaîtra à grande échelle dans les agrumeraies d’où la nécessité d’assainir les variétés multipliées dans le pays.

    Les symptômes de l’Exocortis sur les combinaisons sensibles apparaissent sous forme d’une desquamation de l’écorce, un rabougrissement accentué des arbres atteints, un feuillage clairsemé et chlorosé, un tronc en goulot de bouteille. Les arbres infestés par ce viroîde déclinent rapidement après une attaque.

    L’Exocortis est une maladie grave. Le risque de propagation de l’infection est considérable sachant qu’il se transmet mécaniquement (greffoir, sécateur, etc.).

    En Tunisie, la maladie a été décelée sur clémentinier greffé sur Citrange troyer (Comm. Persoin., Boubaker,1997).

    L’indexage biologique de cette maladie se fait par greffage d’un oeil de la plante indicatrice (Cédrat 861-S1) sur un porte-greffe vigoureux tel Citrus volkameriana. Les écussons provenant de la plante à tester sont greffés de part et d’autre de l’œil.

    Les symptômes de cette maladie apparaissent environ 03 mois après indexage et se manifestent par une épinastie des jeunes feuilles  et une nécrose de la nervure principale.

    4 – 1 – 5 – La cachexie xyloporose

    C’est une maladie courante en Tunisie et se manifeste par un aspect rabougri de l’arbre (arbre cachexique), les feuilles sont petites et chlorosées, sur le tronc à la partie basse de la greffe en soulevant l’écorce on constate que le scrotum est imbibé de gomme tandis qu’à la surface interne on observe des petites protubérances pointues ; ces excroissances du liber s’engagent dans le bois ce qui fait que lorsqu’on détache l’écorce on observe un grand nombre de petits trous creusés, dans le xylème ; ces symptômes sont connus par les anglophones Stem pitting. La genèse de cette malformation est expliquée par Reichert I. et Perlberfger J. (1934) par un fonctionnement anormal du cambium.

    Les arbres atteints sont peu productifs malgré une floraison abondante, les fruits restent petits et gaufrent rapidement puis chutent au moindre coup de vent.

    Notons que la plante indicatrice est le Parson spécial greffé sur porte greffe vigoureux tel le Citrus volkameriana.

    4 – 2 – Contrôle sérologique

    La totalité des plants microgreffés ont fait l’objet de tests sérologiques (ELISA). A l’égard du virus de la tristeza.

    Ce test ne nous a révélé aucune présence d’origine virale dans le matériel testé. Ceci a été confirmé par l’indexage biologique sur Lime mexicaine qui n’a manifesté aucun symptôme d’origine virale correspondant à la Tristeza. Un contrôle annuel est réalisé sur la totalité du matériel existant a la Station.

    5 – Obtention de têtes de clones sains ou source primaire

    Les plants assainis par microgreffage d’apex sont conservés dans des conditions optimales de sécurité.

    Ils sont transplantés dans des fûts et placés sous cage d’isolement ou insect-proof, à l’abri des décontaminations par voie naturelle (vecteur, etc.).

    Chaque plant maintenu dans cette collection doit être contrôlé tous les deux ans pour les virus et virus similaires préalablement  cités.

    6 – Pré-multiplication

    A partir des têtes de clones, nous réalisons une première multiplication afin de créer le matériel de pré-base. Un nombre limité de plantes du matériel initial (au moins 2 chacun) est maintenu de chaque source et pour chaque variété.

    L’objectif est de créer des conservatoires et de garantir un système de multiplication conforme.

    La pré-multiplication consiste à produire le matériel de base ayant pour origine le matériel de pré-base. Le matériel de base est utilisé pour la formation des souches mères certifiées sous la responsabilité des instructions publiques.

    De chaque plant assaini à la dite station nous avons greffé cinq copies que nous avons isolés sous insect-proof.

    7 – Multiplication

    Elle consiste à produire du matériel certifié à partir du matériel de base. Le matériel certifié est distribué aux pépiniéristes sous contrôle officiel. Une organisation officiellement reconnue effectue cette distribution.

    8 – Réalisation du programme à 2011

    8-1- Quantité de plants sains produits « variétés locales »

    Variétés

    Têtes de clone

    واشينتون نافال  WN

    8

    ML douce

    4

    ML blonde

    2

    ML 1 /2 Sanguine

    3

    ML barlerin

    2

    Citronnier lunari

    1

    Clémentinier cassar

    4

    Citronnier eureka

    3

    Lime douce

    3

    Citron. arbi

    3

    Ansli

    1

    Orange valancia late

    2

    12

    variétés

    36

    têtes de clones

    8-2- Quantité de plants variété importées :

    L’unité dispose d’une quantité de variétés importées :

    Nombre de variétés

    Année d’importation

    Origine

    45

    1995

    Corse

    8

    2009

    Italie

    8-3- Livraison du matériel de base

    Durant l’année 2010 l’unité de la Manouba a livré 749 plants de base aux pépiniériste afin de créer leur parcs a bois.